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D’abord ne pas nuire, ensuite s’attacher.

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D’abord ne pas nuire, ensuite s’attacher.

Pourquoi les animaux bâtiraient-ils des relations sur des fondations différentes de celles des humains ?

Tous les mammifères créent des relations complexes, qui ne se résument pas à aimer/ne pas aimer, respecter/ne pas respecter.

Les chevaux ne sont pas sensibles aux discours, aux principes, et même pas toujours aux intentions. Ils s’installent dans une relation avec nous en fonction de ce que nous faisons. Au début donc, quand un cheval ne connaît pas un humain et qu’un humain ne connaît pas un cheval il n’y a pas d’affinité, pas de confiance, pas d’affection, pas d’attachement. Du moins pas pour le cheval.

Exactement comme entre humains, lors de la rencontre, il n’y a que « la non-agression » (éventuellement !), il n’y a que les états d’esprits des uns et des autres, les premières impressions. Pour le reste, tout est à construire.

Lorsque je reçois un cheval en douleur pour des soins, je sais très bien que je l’aiderai davantage si je lui fais bonne impression, s’il a l’opportunité de me connaître, s’il me « pratique » jour après jour, s’il prévoit mon fonctionnement, s’il sait que je ne lui fais jamais de sale coup, s’il expérimente que je le soulage progressivement.

Il existe différentes relations, celles avec le respect de certaines obligations, celles avec le respect de qui est l’autre.

Il y a des relations avec attachement à l’autre, et d’autres sans attachement à l’autre.

En ce qui me concerne, je recherche l’attachement des chevaux, car je considère que c’est le paramètre le plus important dans une relation entre un animal de plusieurs centaines de kilos et un humain. Je crois que l’attachement est de très loin plus efficace et plus puissant qu’une éducation conditionnée. J’ai d’autant plus besoin de cet attachement parce que pour réaliser mes objectifs de réhabilitation, j’ai besoin que le cheval lâche prise, qu’il s’exprime spontanément, qu’il ait la place et le temps de guérir.

Je dis souvent à mes élèves et aux propriétaires qui amènent leurs chevaux : Je ne dresse pas les chevaux, je ne refais pas leur éducation, peu importe comment ils arrivent. Je fais seulement en sorte qu’ils se laissent faire, qu’ils cherchent ma compagnie, et pour l’obtenir, c’est moi qui fais les efforts. Le cheval lui, s’adapte tranquillement à ce qu’il vit à mon contact. Comme tous les être sociaux, il saisira généralement l’opportunité de s’intégrer dès que possible.

Quand j’entends des professionnels du cheval dire que ce n’est pas leur travail, qu’ils n’ont pas le temps de « jouer à la maman », cela me fait sourire…. Un cheval domestique est comparable à un éternel enfant, sans autonomie, qui vit les choses au premier degré, qui évite ou s’approche des situations et des personnes en fonction de ce qu’il expérimente à leur contact. Ni plus ni moins.

Il faut rencontrer des soigneurs de fauves ou de grands primates pour comprendre qu’une très grande expérience n’est pas incompatible avec le fait d’accepter que ce soit l’animal qui décide si c’est oui ou si c’est non. Ces animaux-là, ils ne répondent pas parfaitement bien au dressage, et quand on abuse d’eux, ils deviennent dangereux. Pourquoi ? Parce que la nature a prévu des fonctionnements autonomes et fonctionnels pour les espèces, et que des modifications drastiques et rapides ne peuvent pas être une bonne chose. Les changements pertinents s’opèrent sur des milliers d’années…

Mais les chevaux ont été sélectionnés par l’Homme pour être dociles, très dociles, pour qu’ils plient vite sous la pression alors…. Profitons-en ! Pourtant cela ne fait pas si longtemps. L’équitation est très fraîche… Le cheval n’est que partiellement adapté. Nombre d’entre eux essaient de se révolter. Mais sans griffes et sans dents, sans espace et avec du matériel qui produit des actions de levier très efficaces sur leurs têtes, ce n’est pas simple. C’est pourquoi ils sont plus sujets au dépérissement, à la dégradation, aux maux silencieux. Nos chevaux domestiques remplissent leurs fonctions, souvent « ça passe », mais au prix fort pour eux. Le cheval domestique n’est que limite viable. Il vit sa vie en jonglant perpétuellement entre sa programmation génétique, et ses conditions de vie. En conséquence, il meurt très jeune vis à vis de la longévité théorique et il connaît de lourdes pathologies.

Je pars du principe qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre : Prendre un cheval, lui mettre la pression pour qu’il obéisse, le mettre au travail en pleine croissance, c’est sans aucun doute limiter son potentiel, ternir sa nature, le condamner à des pathologies physiques précoces.

A l’inverse, pour favoriser la longévité, la résistance des structures physiques et mentales, l’humain doit fournir beaucoup d’efforts et être patient.

Utiliser un cheval n’est pas un droit accordé de fait à l’humain.  

Alors effectivement, régulièrement, c’est moi qui recule devant les chevaux, c’est moi qui bouge mes pieds, c’est moi qui accélère pour suivre le rythme, je patiente plusieurs minutes pour pouvoir arrêter le cheval, je le laisse « danser » en main si c’est ce qu’il a besoin de faire là maintenant. C’est moi qui dis : tu crois devoir te battre contre moi ? Et bien non, moi je ne bats pas, on arrête si c’est ce que tu veux. »

C’est l’inverse du discours commun, qui met en garde contre l’irrespect et la dangerosité du cheval. Pourtant, les chevaux qui arrivent à l’Ecole des Chevaux sont passés par ces pratiques conventionnelles, leurs humains aussi. Et comme dirait l’autre, « ce n’est pas que c’est un échec, disons juste que ça n’a pas marché » !

Dans ce cas, la compétence, elle ne réside pas dans le fait de savoir mettre la pression au cheval. Elle réside dans le fait d’avoir de bons réflexes, de bons positionnements, un bon matériel, des installations bien pensées, un contrôle total de son propre corps et de son état mental, une capacité à incarner l’exemple sans jamais forcer l’autre, identifier les grains de sable dans les engrenages, maîtriser de très bonnes stratégies de progression.

En tous cas, moi je tends vers cela, et ça fonctionne !

 

 

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Comments (2)

  • Charlotte Bousquet Répondre

    MERCI.
    C’est ce que je fais à ma mesure et à mon échelle.
    Vos mots de professionnelle sont un vrai soulagement.

    21 février 2021 à 7:20
  • Aurelie Répondre

    Si bien dit, si juste🙏bravo et mille fois merci 🙏

    23 février 2021 à 4:30

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